Il y a quelque chose de particulier à la pratique de l’ashtanga : la répétition.

Refaire les mêmes postures, dans le même ordre, tous les jours, m’amène parfois à m’interroger. Certes, selon la forme physique, la météo du jour et l’intention que l’on met dans sa pratique, ça n’est jamais pareil. On découvre des appuis, des lignes de force, des dynamismes, des parties de nous qui se réveillent. On vit des choses, des petites révélations, des moments de clarté, d’extase, de joie, de libération, de déploiement, d’ouverture, de soulagement. On traverse aussi des moments sombres, de la colère, des frustrations, des sensations d’enfermement et aussi parfois…d’ennui ! Oui ça m’arrive. L’ennui. Le pas envie de faire encore et encore les mêmes postures. La routine s’installe et avec, le questionnement “mais enfin qu’est ce que tu fous sur ce tapis ?”

Alors je prends des chemins de traverse, je me mets à faire les postures dans le désordre, j’apporte des variations, je fais des diversions, juste pour sortir du cadre de la série. Je m’amuse. Ce qui n’a rien de mal. Et puis après quelques temps je ressens le besoin de revenir “chez moi”, de reprendre une routine et là, un jour j’ai eu l’image d’E.T. qui m’est apparue. E.T. qui veut rentrer chez lui…

 

J’ai alors revisité cette notion d’ennui dans ma pratique comme une vieille relation que l’on essaie de raviver. J’ai repris ma série de postures dans l’ordre et j’ai senti qu’il était très rassurant de naviguer dans un univers postural connu. Le corps le ressent et il envoie des signaux d’apaisement au mental. Le calme commence à s’installer. Le flux des pensées se ralentit. Toute l’attention peut être portée sur la respiration, le vécu et l’observation de sa pratique. Le voile se lève petit à petit. Les rituels sont finalement là pour donner le cadre, l’appui, l’espace où le mental n’a pas à décider, mais juste à laisser la posture se faire. L’enchaînement révèle alors toute sa cohérence, sa puissance dans son déploiement. 

Le rituel nous déboussole, nous bouscule, nous ennuie, nous confronte. On veut du changement, de la musique, des contrées lointaines, de la nouveauté, de la diversité pour …s’échapper ? Échapper à quoi au juste ?…A ce moment avec soi-même ?

 

La méthode permet justement de rentrer dans l’exploration, de mettre de la clarté sur ses propres processus et de changer de vision. C’est le grand nettoyage intérieur ! Certes, ce n’est pas toujours agréable et c’est parfois un moment de vérité.  Quand on saisit la force et la puissance de ce cadre comme un appui et qu’on dépasse la seule recherche de la forme (même si celle-ci a son importance), on trouve une possibilité infinie d’explorer, tout en restant “chez soi”. En fait, c’est finalement un peu l’éloge du voyage, version micro-aventure.