“Merci, Ça fait un bien fou, les larmes coulent même en fin de séance”…

Jeanne

Entreprise Cegid

Je n’avais jamais imaginé que faire pleurer les gens puisse avoir autant de sens…

Ce témoignage est celui d’une salariée qui m’envoie un message après le cours de yoga que je viens de lui donner. L’association sportive de son entreprise a réagi très vite au début du deuxième confinement pour proposer quelque chose de nouveau à ses adhérents. C’est ainsi que j’ai commencé à leur dispenser des cours de yoga ashtanga deux fois par semaine pendant 1h, sur zoom, évidemment. Je vous livre le récit de cette expérience qui continue. 

 

“Bienvenue dans un espace pour vous, où vous n’avez rien à atteindre”

 

Tels sont mes premiers mots devant 15 inconnus inscrits au cours, beaucoup dont la caméra reste éteinte, sûrement par pudeur. Aucune expérience du yoga pour la plupart, encore moins de l’ashtanga, un yoga dynamique, connu pour être exigeant physiquement. Je sais que les aprioris ont encore la vie dure quand il s’agit du yoga : il faut être souple, il faut faire le lotus ou des postures pas possible ou encore, c’est une pratique molle réservée aux gens d’un certain âge. J’essaie de contrer ces idées reçues dans mon introduction et surtout de lâcher la pression : pas d’objectif. 1h c’est court…moi qui suis habituée à des cours d’1h30. Comment arriver à transmettre, apporter de l’espace, de la détente en 1h à des salariés qui n’ont jamais fait de yoga, sont à peine sortis de réunion, confinés dans leur salon, moral sûrement fluctuant pour beaucoup d’entre eux. 

 

Micros coupés, on démarre. Grand plongeon dans l’inconnu pour eux, face à des inconnus pour moi. On essaie de mettre en place la respiration par le nez, quelques échauffements pour mobiliser la colonne tassée depuis quelques heures déjà sur une chaise de salle à manger, on essaie de s’allonger, s’étirer, de caler progressivement le mouvement sur la respiration. 

 

Je ne déroge pas aux rituels qui cadrent la pratique de l’ashtanga et je me lance dans le Ôm puis le mantra d’entrée en sanskrit, dans le silence de mon studio improvisé et c’est parti pour la salutation au soleil, quelques postures debout suivies de postures assises… je montre, je compte les inspire, les expire tout en donnant quelques coups d’oeil sur l’écran. Au fur et à mesure des séances, je vais quitter progressivement mon tapis pour me rapprocher de l’écran pour les guider et les ajuster simplement à la voix. On ajuste les écarts des mains, des pieds. La colonne s’est allongée depuis le début des séances, les mouvements sont plus fluides, plus amples, les têtes se relâchent, les épaules s’ouvrent, les pieds trouvent le sol, les mains le ciel…

 

Nous terminerons chaque séance par quelques longues respirations assis en tailleur avant que je récite le mantra de clotûre. 5 minutes de relaxation, d’abandon total avant de s’étirer au son du bol tibétain et de reprendre le cours de sa journée.

 

“J’aimerais vraiment vraiment… pouvoir continuer les cours !”

 

Je sais ce que le yoga peut apporter, ayant moi-même trouvé refuge et espace dans cette pratique quand je travaillais en entreprise. Mais je voulais en avoir le coeur encore plus net. Alors je leur ai posé la question : 

“Un lien avec les autres, une bulle de décompression, des étirements pour mon corps trop souvent assis”

“de la détente, du bien être”

“un temps pour moi”

“de la relaxation mentale et physique, beaucoup de bien au dos”

 “En attendant vendredi je fais tous les jours les 10 minutes de vidéo au réveil ou après une bonne journée de travail. Un bonheur !”

 

Faire confiance pour explorer

Ce n’est pas évident de prendre le temps, d’oser confier son corps à une étrangère pour démarrer une nouvelle pratique, accueillir de nouveaux rituels, et en plus derrière un écran, chez soi… Ce n’était pas gagné. 

 

Je partage la pratique du yoga pour permettre à chacun de ressentir, se reconnecter à son corps, se donner de l’espace et un moment de liberté pour mieux vivre le monde et ses injonctions. 

Difficile de trouver de la vision dans ce moment de vie que nous traversons mais il y a une petite certitude au milieu de ce brouillard ambiant : il faut continuer à faire pleurer les gens.