“Shirsasana”, notre bon vieux “poirier” est une des postures yogiques les plus connues et emblématiques du yoga. Pour moi elle s’est longtemps appelée “C’est pas pour moi”.

C’est une des postures de fin de pratique en ashtanga vinyasa. Ses bénéfices sur le corps sont si nombreux que certains disent que s’il ne fallait faire qu’une seule posture, ce serait celle-ci. 

J’aime particulièrement l’explication donnée sur l’origine de cette posture dans le très beau film “Le Souffle des Dieux” qui retrace l’histoire du yoga moderne. Shirshasana n’aurait rien à voir avec le yoga mais viendrait du Ramayana : Un sujet du royaume de Rama ne comprenait pas le comportement du souverain envers sa femme. Il s’est dit qu’il comprendrait peut-être mieux son roi en tenant un équilibre sur sa tête ! C’est ainsi que naquit la posture Shirshasana, “shirsha” étant le sommet du crâne.  

L’effet sur la circulation sanguine

Chez l’homme trop sédentaire et majoritairement debout, le sang s’accumule dans les jambes mais surtout dans l’abdomen et stagne dans les viscères ce qui altère leur bon fonctionnement. Sa respiration superficielle ne permet pas non plus aux poumons de jouer leur rôle de pompe sur la circulation veineuse. Les parties du corps situées au-dessus du cœur et le cerveau particulièrement ne sont pas suffisamment irrigués. Or ce dernier, sur-sollicité par l’homme moderne et grand consommateur d’oxygène a besoin d’un afflux de sang supplémentaire. 

Le squelette l’aime aussi

L’appui sur la tête se répercute sur le squelette et le dynamisme de la colonne vertébrale rappelant l’élégance des femmes qui portent des jarres d’eau sur le sommet du crâne ou les mannequins à qui l’on apprend à marcher avec un livre posé sur la tête.

Son action s’étend jusqu’aux lombaires et spécifiquement la cinquième vertèbre lombaire et le sacrum sur lequel repose tout l’édifice du squelette. La posture dissipe en quelques instants les “maux de reins” dus à la station debout prolongée.

Mais c’est sur la circulation sanguine que l’effet est le plus notoire : purification du sang par l’action des poumons, prévention des varices, des hémorroïdes, décongestion des viscères du bas-ventre, soulagement de la prostate, décongestion des organes génitaux.

L’impact sur le système nerveux

Par l’irrigation du cerveau, elle améliore aussi la mémoire et la concentration, la résistance à la fatigue nerveuse, les états d’anxiété… la liste des bénéfices est tellement longue… le livre d’André Van Lysbeth en fait une explication complète (p 250). Elle prétend même réguler le poids, faire repousser les cheveux ou rajeunir la peau du visage ! Le secret est aussi dans la durée de tenue de la posture.

Avec toutes ces promesses et son élégance visuelle, il est bien naturel d’avoir envie de la faire. J’ai mis pourtant des années à oser la tenter. 

Mon chemin d’exploration

Dès l’âge de 10 ans j’ai commencé à avoir des entorses cervicales à répétition. Il était hors de question que je me mette sur la tête et que je sollicite mon cou. Jusqu’au jour où dans un élan de confiance, je me suis lancée et j’ai commencé l’exploration de la posture. Je me suis alors rendue compte que mon cou était bien protégé dans un petit nid par les mains croisées derrière, que le poids était à 70% sur mes épaules et que la pression sur le sommet du crâne était fort agréable. J’ai apprivoisé la sensation de cet état inversé, jour après jour, dépassé le conditionnement, les limites qui “m’empêchaient”. La peur m’a souvent donné chaud ! J’ai commencé contre le mur (ce qui n’était d’ailleurs pas la meilleure des idées car cela crée une fausse sensation de protection dont on met longtemps à se libérer), les genoux d’abord pliés et puis petit à petit les jambes se sont tendues, l’équilibre est arrivé, le dos s’est aligné pour atteindre ce moment intense de justesse et de liberté où l’on se dit “j’y suis et j’y suis bien”. 

Comme le dit si joliment une de mes chères professeures, Annick Goueslain, “un asana c’est tout simplement se poser pour s’ériger dans la joie”.

Le chemin est très intéressant. Je vous souhaite beaucoup de plaisir à essayer.